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Les noms sénégalais: leur origine et leur signification 
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Les noms sénégalais: leur origine et leur signification...

Posté par: Tamsir Anne| Dimanche 15 octobre, 2017 11:10  | Consulté 9650 fois  |  7 Réactions  |   

Les noms sénégalais : leur origine et leur signification

 

Cet article est un petit extrait de mon livre mon livre "L’Ègypte pharaonique sève nourricière des langues et cultures africaines"  paru en Juillet 2017 aux Èditions Presses Panafricaines (Montréal) et disponible sur amazon.com. et à la librairie 4 Vents à Dakar.

 

L’anthroponymie, c’est-à-dire l’étude de l’origine des noms de personne, est un domaine de la lexicologie qui fournit des informations intéressantes sur l’histoire et les mouvements migratoires d’un peuple. L’importance des renseignements qu’elle peut fournir se lit très clairement à l’exemple de l’histoire ancienne de la France. Ainsi se rend-on compte qu’aucun des patronymes gaulois (anciens habitants de ce pays), dont la langue a été complètement effacée par les différentes dominations romaine et germanique, n’est resté dans la langue française actuelle. Par contre les prénoms les plus courants en français tels que Bernard, Robert, Richard[1] sont d’origine germanique ; à partir du cinquième siècle en effet les chefs germaniques remplacent les romains en Gaulle et laissent leurs marques qui se retrouvent jusqu’au nom actuel de la France ou « Frankreich » c’est-à-dire le royaume des francs (Franken), la tribu germanique qui succéda aux Romains sur l’ancienne Gaule.

De la même façon l’étude comparée des patronymes sénégambiens et égyptiens nous donne des informations insoupçonnées quant à l’origine et la signification hautement religieuse de ces derniers. L’égyptologue francais Amélineau (1836) n’avait pas manqué de constater l’omniprésence du sacré dans les patronymes égyptiens qui déroutait tant les penseurs grecs.

 

Les noms des pharaons d’Egypte dans la Sénégambie

 

Les noms des pharaons dès l’époque prédynastique se retrouvent aujourd’hui encore dans l’espace sénégambien.

Les noms claniques typiquement peuls tels que Ba ou Ka renvoient très clairement, comme mis en évidence par Diop (1979) et Lame (1993) dans leurs divers ouvrages, à l’ontologie égyptienne. Ces notions, difficiles à traduire dans d’autres langues sont approximativement définies comme « l’âme (ba) » ou « l’esprit, la force vitale (ka) ». Sans entrer dans le détail de la pertinence de ces traductions, nous pouvons amener l’évidence que ces noms étaient effectivement des anthroponymes en Egypte pharaonique.  En effet dès la période prédynastique un pharaon portant le nom « serekh » (ou nom d’Horus) de KA fara_ka est attesté dans la nécropole prédynastique d’Adaima en Haute Egypte.

Le pharaon Ka est avec le roi scorpion et Narmer les rois de la période prédynastique dont l’existence est indubitablement attestée.

L’autre nom clanique peul Ba était tout comme le ka un patronyme en Egypte. Une inscription murale dans le tombeau d’un dignitaire nommé Pen-nut sous le règne de Ramses IV à la vingtième dynastie (Hösler 1955) contient une délimitation géographique des terres et mentionne les limites des champs d’un berger dont le nom est Baberger_baAHt-mnjw-BA.

Un autre pharaon de l’époque prédynastique, de la dynastie dite zéro, Ny-Hor[2] fait nécessairement penser au prénom sereer typique Niokhor qui signifie dans cette langue « le guerrier ». La signification du nom du pharaon Ny-Hor qui est controversée parmi les égyptologues passe pour être « le chasseur », ce qui le rapproche bien de sa signification précitée en langue sereer.

De même les deux variantes du nom du premier pharaon de la première dynastie égyptienne qui va unifier l’Egypte, Meni ou Menes pour les grecs et Narmer se retrouvent dans le contexte sénégambien : le premier correspond à Manna (Niang 1997) qui est non seulement un prénom masculin pulaar mais veut dire aussi dans cette langue « le bonnet », le symbole même par excellence de la royauté africaine. En wolof nous retrouvons le mot narmeer ou narmeel qui veut dire « s’affaisser » tomber soudainement à terre sur les genoux. Il faut aussi noter qu’en égyptien les phonèmes /r/ et /l/ sont des variantes aléatoires, c’est-à-dire qu’elles sont interchangeables ; cela expliquerait qu’on ait pu avoir indistinctement en wolof la présence de toutes les deux variantes narmeel et narmeer. Et quand on observe la palette du roi Narmeer et la position des prisonniers qu’il y est en train d’anéantir on voit bien que c’est exactement cette posture que signifie le mot narmeel ou narmeer en wolof.

Quatre autres pharaons de la première dynastie ont également des noms qui se retrouvent aujourd’hui encore en Sénégambie : il s’agit respectivement du troisième pharaon de cette dynastie Djer dont le nom correspond au prénom de Djéri, Den qui correspond au prénom Diène, Wadj (nom d’Horus du pharaon Ounas) qui renvoie au nom de famille Wadj. Au total donc sur les huit pharaons connus de la première dynastie égyptienne quatre ont des noms qui se retrouvent encore aujourd’hui en Sénégambie. 

Le cinquième souverain de la troisième dynastie égyptienne est Khaba, nom qui correspond manifestement aux prénoms Kaba ou Keba.

De la même manière le nom de Saahoure (pharaon de la cinquième dynastie) se retrouve dans le prénom Saahor (sereer) ...

Le nom de famille typiquement soninke Sankhare est le nom même de couronnement ou nom « nesoutbity » porté par le pharaon Mentuhotep III de la onzième dynastie : sankh-ka-Re sankhare ; il signifie en égyptien « celui qui vivifie le ka de Re ».

Encore d’autres exemples tout aussi éloquents : le pharaon Amenemhet IV de la douzième dynastie portait comme nom de couronnement Maa-kherou-re (mAa-xrw-re) maherurequi correspond au prénom sénégalais Makhaire et signifie « Re est juste de voix ».

Aussi le prénom Bakari portés par les célèbres empereurs de l’empire mandingue et porté aujourd’hui encore partout en Sénégambie ou Bakar était un nom de couronnement porté par des pharaons d’Egypte comme le dernier pharaon de la XXVe dynastie couchite Tantamani : ba-ka-re bakare3, ce qui signifie « le ka et le ba de Re » ou bien « glorieux est le ka de Re »...

 

Il est en outre intéressant de s’arrêter sur un préfixe particulièrement productif dans la formation des anthroponymes autant en égyptien qu’en wolof, à savoir /Saa/[3] qui signifie dans les deux langues « homme de, appartenant à, provenant de, dédié ». On le retrouve en égyptien dans les patronymes suivants : Saa-Amoun « appartenant à Amoun », Saa-Hor saa-hor_saaxewar « appartenant à Horus», Saa-Ra « homme de Ra, appartenant à Ra ». En wolof le préfixe Saa est certainement aujourd’hui l’un des plus productifs pour former des noms ou surnoms ; une profusion d’autres noms comme Saahor, Saa-Coura, Saa-Xewar, Saa-Daga, Saa-Jambur  « l’homme du Jambur, ou celui qui appartient au Jambur », Saa-Ndiogou sont formés sur le même principe[4].

Notons aussi que le cobra royal ou l’uraeus porte pafois le nom même du dieu Amoun jmn ; Saa-Amounsaa-amoun_saamaan, prénom signifiant en égyptien « celui qui appartient à Amoun », est le même nom utilisé en wolof – Saamaan – pour désigner le cobra dressé en position d’attaque qui ornait la couronne royale des pharaons d’Egypte depuis les toutes premières dynasties…

Dr. Tamsir Anne

Email: tamsir.anne@wolof-online.com

Pour de plus amples informations, prière de consulter mon livre L’Ègypte pharaonique sève nourricière des langues et cultures africaines  paru en Juillet 2017 aux Èditions Presses Panafricaines (Montréal) et disponible sur amazon.com. et à la librairie 4 Vents à Dakar.

 

 

 

 

 

[1] Bernard provient de l’ancien haut-allemand bern (ours) + hard (dur), Robert de hrod (gloire) + berht (brillant) et Richard de rik (puissant) + hard (dur).

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Ny-Hor.

 

[3] Ce radical se retrouve du reste dans beaucoup d’autres langues africaines tels que le copte « saa : homme », le kikongo « sa, se : père », le Sango « zo : homme » (Obenga 1993, p. 214).

[4] En peul le préfixe anthroponomique Saa- semble être tout aussi productif et l’on y trouve plusieurs noms comme Saa-Juma, Saa-Kamisa, Saa-Tenen, Saa-ra formés sur le même principe.

 L'auteur  Tamsir Anne
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Un Diene En Octobre, 2017 (20:10 PM) 0 FansN°:1
Il ya quelque chose qui ma quamd meme titiller. A savoir les similitudes entre Saraba le pays de cocagne des ouolofs et l'anciens nom de l'egypte Sara . ce serai bien si on pouvait m'eclaicir ce point.
Rismat En Octobre, 2017 (07:29 AM) 0 FansN°:2
L'étude des noms de lieu, des Cours d'eau etc., la toponymie, est un aspect important qui est également traité dans le livre...Il donne surtout des Renseignements sur les différents ittinéraires migratoires des peuples de la Senegambie...
Anonyme En Octobre, 2017 (11:23 AM) 0 FansN°:3
ba poulo j'ai toujours senti que mes ancetres avaient construits les pyramides.

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Tamsir Anne
Blog crée le 04/10/2017 Visité 10592 fois 1 Articles 9 Commentaires 0 Abonnés

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